L’article L1221-19 du Code du travail limite la période d’essai d’un CDI à 2 mois pour les ouvriers et employés, 3 mois pour les agents de maîtrise et techniciens, 4 mois pour les cadres. Elle peut être renouvelée une seule fois, jusqu’à 4, 6 ou 8 mois, si un accord de branche étendu, le contrat et l’accord écrit du salarié le permettent. Pendant l’essai, chaque partie peut rompre le contrat sans motif à fournir, sous réserve d’un délai de prévenance. Le détail change beaucoup de choses. Une absence repousse la date de fin, un CDD antérieur raccourcit l’essai, et une rupture notifiée un jour trop tard devient un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
En Bref
- CDD : 1 jour d’essai par semaine de contrat, plafonné à 2 semaines (contrat de 6 mois ou moins) ou à 1 mois, sans renouvellement possible.
- Intérim : 2, 3 ou 5 jours selon la durée de la mission, à défaut de convention collective.
- Maladie, congés payés, RTT : l’essai est prolongé du nombre de jours calendaires d’absence.
- Délai de prévenance de l’employeur : de 24 heures à 1 mois selon la présence du salarié, qui doit lui-même prévenir 24 ou 48 heures avant.
- Rupture par l’employeur : droit au chômage si vous totalisez 130 jours ou 910 heures travaillés sur 24 mois.
Durée maximale de la période d’essai selon le contrat
La période d’essai n’existe que si le contrat de travail ou la lettre d’engagement la prévoit expressément, durée comprise (article L1221-23). Sans cette clause, le salarié est engagé définitivement dès son premier jour.
CDI : 2, 3 ou 4 mois selon la catégorie professionnelle
L’article L1221-19 fixe trois plafonds pour l’essai initial : 2 mois pour les ouvriers et employés, 3 mois pour les agents de maîtrise et techniciens, 4 mois pour les cadres. Ces durées relèvent de l’ordre public. Le contrat ne peut pas les dépasser, même avec l’accord du salarié. Une convention collective ou le contrat peuvent en revanche retenir une durée plus courte.
La loi n° 2008-596 du 25 juin 2008 avait maintenu les durées plus longues prévues par des accords de branche signés avant son entrée en vigueur. Cette exception a disparu le 9 septembre 2023. Plus aucun accord ne peut imposer un essai initial supérieur aux plafonds légaux. L’employeur ne peut pas non plus fixer d’emblée 4 mois pour un employé : l’essai démarre à 2 mois, puis il est éventuellement renouvelé.
CDD, intérim et apprentissage : des durées plus courtes
En CDD, l’article L1242-10 retient 1 jour d’essai par semaine de contrat, dans la limite de 2 semaines pour un contrat de 6 mois ou moins et de 1 mois au-delà. Un CDD sans terme précis calcule l’essai sur la durée minimale qu’il mentionne. Pour l’intérim, l’article L1251-14 renvoie à la convention collective et prévoit, à défaut, 2, 3 ou 5 jours. Le contrat d’apprentissage suit sa propre logique : l’article L6222-18 autorise une rupture libre pendant les 45 premiers jours, consécutifs ou non, de formation pratique en entreprise.
| Contrat | Essai initial maximal | Avec renouvellement |
|---|---|---|
| CDI, ouvriers et employés | 2 mois | 4 mois |
| CDI, agents de maîtrise et techniciens | 3 mois | 6 mois |
| CDI, cadres | 4 mois | 8 mois |
| CDD de 6 mois ou moins | 1 jour/semaine, 2 semaines max | Non |
| CDD de plus de 6 mois | 1 jour/semaine, 1 mois max | Non |
| Intérim, mission de 1 mois ou moins | 2 jours | Non |
| Intérim, mission de 1 à 2 mois | 3 jours | Non |
| Intérim, mission de plus de 2 mois | 5 jours | Non |
| Apprentissage | 45 jours de formation pratique en entreprise | Non |
Décompte en jours calendaires et prolongation en cas d’absence
L’essai se compte en jours calendaires, week-ends et jours fériés inclus, sauf clause conventionnelle ou contractuelle contraire. Le calcul est identique à temps plein et à temps partiel. Un employé embauché le 6 octobre pour 2 mois termine son essai le 5 décembre à minuit, même si ce jour tombe un dimanche.
Toute absence suspend l’essai : maladie, accident du travail, congés payés, congé sans solde, RTT. La Cour de cassation impose une prolongation égale au nombre de jours calendaires d’absence. Elle a validé une prolongation de 7 jours pour cinq jours de RTT posés du lundi au vendredi, le week-end accolé étant compté. La prolongation de la période d’essai reste limitée à la durée qui restait à courir. Prenons un essai de 2 mois du 1er septembre au 31 octobre, interrompu par un arrêt de 3 semaines dès le 24 octobre. Au retour, le salarié accomplit les 8 jours d’essai qui lui restaient. Cette prolongation joue automatiquement, sans accord du salarié, ce qui la distingue du renouvellement. L’employeur a intérêt à notifier la nouvelle date de fin par lettre recommandée.
Stage, CDD antérieurs, auto-entreprise : ce qui réduit la période d’essai
Une relation de travail antérieure avec le même employeur peut amputer l’essai. Une erreur de calcul expose l’entreprise à une rupture abusive produisant les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
- Stage de fin d’études : en cas d’embauche dans les 3 mois suivant un stage de dernière année intégré au cursus, sa durée s’impute sur l’essai sans le réduire de plus de moitié (article L1221-24), sauf accord collectif plus favorable. La déduction devient intégrale si le poste reprend les activités du stage. Après 6 mois de stage, un jeune cadre embauché sur d’autres missions garde au plus 2 mois d’essai.
- CDD antérieurs : la durée du CDD suivi d’un CDI se déduit de l’essai. La Cour de cassation étend la règle aux CDD discontinus, séparés de plusieurs semaines, dès lors qu’ils présentent une « continuité fonctionnelle », c’est-à-dire des compétences comparables (Cass. soc., 19 juin 2024, n° 23-10.783).
- Missions d’intérim : les missions accomplies dans l’entreprise au cours des 3 mois précédant l’embauche sont déduites, pour des fonctions comparables.
- Auto-entreprise : depuis 2025, une collaboration préalable en micro-entreprise s’impute aussi sur l’essai lorsqu’elle a permis d’évaluer les compétences du futur salarié, selon la CFDT.
- Apprentissage : l’apprenti embauché par la même entreprise ne peut se voir imposer aucun essai, sauf disposition conventionnelle contraire.
Dans les dossiers que je relis avec des équipes RH, les missions d’intérim sont le poste le plus souvent oublié. Le relevé des trois derniers mois se fait avant de rédiger la clause d’essai.
Renouvellement de la période d’essai : conditions et procédure
Les trois conditions cumulatives à réunir
Seul l’essai d’un CDI peut être renouvelé, une seule fois. L’article L1221-21 exige trois conditions cumulatives :
- un accord de branche étendu prévoit le renouvellement ; un accord d’entreprise ne suffit pas, et le silence de la convention collective rend tout renouvellement impossible ;
- le contrat de travail ou la lettre d’engagement mentionne expressément cette possibilité ;
- le salarié donne son accord pendant l’essai initial.
La durée totale ne dépasse jamais 4, 6 ou 8 mois selon la catégorie, ni le plafond plus court éventuellement fixé par la branche. Dans les négociations de branche que j’accompagne, la clause de renouvellement donne lieu à des discussions serrées, certaines branches l’excluant pour les ouvriers et employés. La Cour de cassation a jugé abusive, le 27 juin 2018, une politique de renouvellement systématique déconnectée de l’évaluation du salarié.
Accord du salarié : forme, calendrier et refus
L’accord se recueille avant le terme de l’essai initial, par écrit ou par courriel. La loi ne fixe aucun délai minimal, mais la convention de branche peut organiser une procédure. L’accord doit être exprès et sans équivoque : une simple signature sur un document préparé par l’employeur ne suffit pas (Cass. soc., 25 nov. 2009, n° 08-43.008). Une mention manuscrite datée, du type « bon pour accord pour le renouvellement de ma période d’essai », sécurise la preuve.
Le salarié peut refuser. Le contrat devient alors définitif à la fin de l’essai initial, sauf rupture notifiée avant cette date avec le délai de prévenance. Une rupture motivée par le seul refus, sans lien avec les compétences, s’expose à une requalification.
Rupture de la période d’essai : procédure et délai de prévenance
La loi n’impose aucune forme pour rompre l’essai : une notification orale suffit en droit. Une lettre recommandée avec avis de réception, une remise en main propre contre décharge ou un courriel avec accusé de réception fixent néanmoins la date sans discussion possible. La rupture prend effet le jour où son auteur manifeste sa volonté, celui de l’envoi du courrier par exemple. Elle ne constitue ni un licenciement ni une démission, sauf convention collective imposant une procédure particulière.
Délais de prévenance de l’employeur et du salarié
Le délai de prévenance s’applique dès que l’essai dure au moins une semaine, en CDI comme en CDD (articles L1221-25 et L1221-26). Sa durée dépend de la présence du salarié et de l’auteur de la rupture. Ces durées sont des minimums qu’un accord collectif ou le contrat peut allonger.
| Durée de présence | Rupture par l’employeur | Rupture par le salarié |
|---|---|---|
| Moins de 8 jours | 24 heures | 24 heures |
| De 8 jours à 1 mois | 48 heures | 48 heures |
| Après 1 mois | 2 semaines | 48 heures |
| Après 3 mois | 1 mois | 48 heures |
Le délai ne prolonge jamais l’essai, renouvellement inclus. La rupture doit donc être notifiée assez tôt pour que le délai expire avant le terme.
Délai non respecté ou dépassant la fin de l’essai : l’indemnité compensatrice
Un délai écourté par l’employeur ne transforme pas la rupture en licenciement (Cass. soc., 23 janv. 2013, n° 11-23.428). Il ouvre droit à une indemnité compensatrice égale aux salaires et avantages que le salarié aurait perçus jusqu’à la fin du délai, congés payés compris, sauf faute grave.
Exemple : un cadre payé 3 600 € brut par mois, présent depuis 3 mois et 20 jours, apprend la rupture 10 jours avant la fin de son essai de 4 mois. Son délai d’un mois déborde de 20 jours. Le contrat s’arrête au terme de l’essai et l’employeur verse 2 400 € brut (3 600 € × 20/30), plus 240 € de congés payés selon la règle du dixième, soit 2 640 € brut.
Notifier après le terme pose un problème bien plus lourd. Le contrat étant devenu définitif, la rupture s’analyse en licenciement sans cause réelle et sérieuse, quels que soient les motifs exposés dans la lettre.
Les limites à la liberté de rupture : abus, discrimination, salarié protégé
La rupture se passe de motif écrit, mais elle doit reposer sur l’évaluation des compétences du salarié. Quatre limites s’imposent :
- un motif discriminatoire (état de santé, handicap, grossesse, engagement syndical) rend la rupture nulle ;
- un motif étranger à la personne du salarié, économique par exemple, la rend abusive ;
- un reproche disciplinaire oblige à suivre la procédure disciplinaire, entretien préalable compris ;
- rompre l’essai d’un salarié protégé exige l’autorisation de l’inspection du travail.
Par un arrêt de mars 2026, la Cour de cassation a fait peser la preuve sur l’employeur lorsqu’il connaissait la grossesse de la salariée. Il doit démontrer que la rupture repose sur des éléments objectifs étrangers à cet état. Le conseil de prud’hommes alloue des dommages-intérêts en cas de rupture abusive.
Après la rupture : documents de fin de contrat, chômage et arrêt maladie
À l’expiration du délai de prévenance, l’employeur remet le certificat de travail, l’attestation destinée à France Travail et le solde de tout compte.
Le droit au chômage dépend de l’auteur de la rupture. Rompue par l’employeur, la période d’essai vaut perte involontaire d’emploi. L’allocation d’aide au retour à l’emploi est due si vous justifiez d’au moins 130 jours ou 910 heures de travail sur 24 mois (36 mois à partir de 53 ans), selon Legalstart. Rompue par le salarié, elle constitue un départ volontaire sans indemnisation, sauf deux exceptions détaillées par l’Unédic. La première concerne la personne qui venait de perdre involontairement un emploi et quitte le suivant pendant l’essai, après moins de 65 jours travaillés. La seconde vise le demandeur déjà indemnisé : s’il rompt dans les 88 jours ou 610 heures travaillés, ses allocations reprennent. Hors de ces cas, un réexamen reste possible après 4 mois de chômage.
Un arrêt pour maladie ordinaire n’empêche pas la rupture de l’essai, à l’initiative de l’une ou l’autre partie. L’employeur ne peut pas invoquer la maladie elle-même : ce serait une discrimination liée à l’état de santé. En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, aucune rupture n’est possible pendant la suspension, même d’un commun accord. Seule une faute grave permet de rompre, selon la procédure de licenciement pour motif personnel. Au retour du salarié, l’essai prolongé peut être rompu dans les conditions habituelles.
On en dit Quoi ?
Beaucoup de litiges que je rencontre sur l’essai naissent d’un calendrier mal tenu. Dès la signature, notez trois dates : la fin de l’essai, le dernier jour pour notifier une rupture avec le délai complet, et la date limite pour recueillir l’accord de renouvellement. Recalculez-les après chaque absence, puis vérifiez les règles de votre branche avec le simulateur du Code du travail numérique.
FAQ
Peut-on quitter une période d’essai du jour au lendemain ?
Oui, si votre contrat prévoit un essai de moins d’une semaine : aucun délai légal ne s’applique alors. Au-delà, vous devez prévenir l’employeur 24 heures avant votre départ si vous avez moins de 8 jours de présence, 48 heures ensuite. L’employeur peut vous dispenser de ce délai, idéalement par écrit. Un courriel avec accusé de réception ou une lettre recommandée date votre décision.
L’employeur doit-il justifier la rupture de la période d’essai ?
Non, la loi n’impose ni motif écrit ni entretien, sauf procédure conventionnelle ou rupture disciplinaire. Le motif réel doit néanmoins tenir aux compétences professionnelles du salarié. Devant le conseil de prud’hommes, un motif économique, discriminatoire ou lié au refus d’un renouvellement conduit à une rupture abusive ou nulle, avec des dommages-intérêts à la clé.
A-t-on droit au chômage après une rupture de période d’essai ?
Oui si l’employeur rompt l’essai et que vous totalisez 130 jours ou 910 heures travaillés sur 24 mois. Si vous rompez vous-même, la rupture compte comme un départ volontaire, sans allocation. Deux exceptions existent : vous veniez de perdre involontairement un emploi, ou vous étiez déjà indemnisé et rompez dans les 88 premiers jours travaillés. L’inscription se fait sur le site de France Travail.
Un salarié peut-il refuser le renouvellement de sa période d’essai ?
Oui. Le renouvellement exige votre accord exprès, donné avant la fin de l’essai initial, et votre refus ne constitue pas une faute. L’employeur conserve la possibilité de rompre l’essai avant son terme, délai de prévenance respecté. S’il le fait uniquement à cause de votre refus, la rupture peut être jugée abusive. Sans rupture, le contrat devient définitif au terme de l’essai initial.
Que se passe-t-il si l’employeur rompt l’essai après son terme ?
Le contrat est devenu définitif à l’expiration de l’essai, prolongations pour absence comprises. Une rupture notifiée après cette date, même d’un jour, s’analyse en licenciement sans cause réelle et sérieuse, quels que soient les motifs invoqués. Le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes pour obtenir l’indemnisation d’un licenciement injustifié. Avant toute notification, l’employeur doit donc recalculer la date de fin exacte.

